Sénégal – Mauritanie : un hub transfrontalier d’écovillages en gestation

Face à la crise écologique sévissant dans la vallée du fleuve Sénégal et aux multiples problèmes socio-économiques qui en découlent,  le Réseau pour l’Emergence et le Développement des Ecovillages au Sahel (REDES) a initié un processus de transformation de trente-cinq villages traditionnels en un hub d’écovillages. Ces villages sont situés de part et d’autre du fleuve, au Sénégal et en Mauritanie.

Cet important programme repose d’une part sur le succès de projets agroécologiques communautaires initiés par le REDES – avec le concours de ses partenaires- dans quatre localités de Podor (Guédé Chantier, Lahel, Moundouwaye et Diarra), et de l’autre sur la réussite des initiatives villageoises de Salayel Lobodou en Mauritanie et de Diarra au Sénégal. Les expériences fort encourageantes, réalisées dans ces différentes localités, permettent de croire qu’il est tout à fait possible, avec peu de ressources financières, de freiner la désertification, de régénérer la biodiversité et de créer des conditions susceptibles de créer de l’abondance et  de favoriser le bien-être des populations locales.

Fort des succès enregistrés dans ses zones d’intervention, le REDES, avec le concours  des partenaires  nationaux comme internationaux, du Réseau Mauritanien des Ecovillages (GEN Mauritanie) dont le Président, l’Honorable Député Sow Moctar a effectué récemment une visite de travail au Sénégal,  envisage de généraliser ce programme à une trentaine d’autres villages. Les communautés membres du futur hub auront ainsi une plateforme commune de concertation, de mutualisation de leurs expériences respectives,  et de partage des bonnes pratiques en cours chez les unes et les autres.

C’est dans le cadre de la mise en œuvre du hub des écovillages de Lahel que s’inscrit la visite de travail d’une importante délégation de la fédération des écovillages de Damanhur, composée de formateurs en conception des écovillages, d’architectes, d’experts en énergie solaire et en transformation alimentaire. Du 25 au 1er avril,  le REDES et ses partenaires Italiens, appuyés par des associations locales de jeunes et de femmes, par le Services des Eaux et forêts et par les autorités locales, réalisera un verger au profit des femmes de Madina Fresbé et renforcera le patrimoine du Centre de Ressources génétiques de Guédé Chantier (dont l’objectif est de constituer une banque de semences locales et de contribuer à la formation des paysans dans la maîtrise de l’agriculture biodynamique).

Un atelier de transformation et conservation alimentaires, animé par les experts Italiens, sera organisée au profit d’une soixantaine de femmes venant d’une vingtaine de villages dont celui de de Salayel Lobodou. La première édition de ce type de formation a été organisée en 2016 : cinquante-cinq femmes issues de cinq villages en avaient bénéficié.

Pendant leur séjour au nord du Sénégal, les partenaires Italiens discuteront avec les coopératives paysannes de Guédé Chantier du projet de conversion de la station de pompage d’eau en station solaire. Cette transition énergétique  permettra à terme, aux coopératives agricoles, d’économiser plus de 60 millions de francs par an et même de gagner des revenus complémentaires en vendant leur excédent d’énergie à la société nationale d’électricité.

La visite de la délégation italienne fait suite à celle des étudiants de l’Université du District de Columbia (Washington), plus précisément du College of Agriculture, Urban Sustainability and Environmental Sciences (CAUSES). Des étudiants de CAUSES reviendront en juin pour deux mois en vue d’ aider à la construction du cœur du hub des écovillages, qui comportera à terme, un centre de formation communautaire et un périmètre de formation en agriculture biodynamique – sans OGM ni produits chimiques.

Par ailleurs, le REDES travaille en étroite collaboration avec l’écovillage de Ndem, où une vingtaine de chefs d’établissement de cycles moyen et secondaire ont créé un réseau appelé « Ecolyco » (écologie dans les lycées et collèges). Ce réseau, dirigé par le proviseur du Lycée de Bambey Sérère, M. Ibou Ngom se  fixe comme objectif principal de reverdir les espaces scolaires, d’y intégrer, entre autres, des activités avicoles afin de générer des ressources complémentaires et de nouvelles activités pédagogiques au profit des apprenants.

Les dynamiques communautaires initiées par le REDES contribueront sans aucun doute à accélérer l’évolution des paradigmes socio-culturels et économiques de  part et d’autre du fleuve Sénégal en vue de régénérer et de préserver les écosystèmes, de raffermir les relations de bon voisinage et la gestion, à l’échelle communautaire, des ressources naturelles de la région et d’améliorer les conditions d’existence des communautés qui y vivent.

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